Somato-émotionnel : comment le corps retient les émotions
Douleurs persistantes, stress, fatigue nerveuse ? Découvrez une approche somato-émotionnelle et somato-énergétique pour accompagner le corps en douceur.
EMOTIONS ET MÉMOIRES DU CORPS
Amandine Garlopeau
2/9/20265 min read
Il arrive que le corps parle quand les mots ne suffisent plus. (Vous pouvez aussi consulter l'article "Douleurs chroniques : quand le corps tente de dire quelque chose")
Une tension persistante dans la nuque.
Une boule dans le ventre.
Une fatigue inexpliquée.
Une douleur qui revient, malgré des examens rassurants.
Et si ce n’était pas « dans la tête », mais dans le corps ?
Le somato-émotionnel explore ce lien subtil — et pourtant très concret — entre ce que nous vivons émotionnellement et ce que le corps en garde en mémoire.
Qu’est-ce que le somato-émotionnel ?
Le terme somato-émotionnel désigne l’interaction entre le corps (soma) et les émotions.
Il repose sur une idée simple : une émotion non exprimée, non intégrée ou vécue dans un contexte de stress peut laisser une empreinte corporelle.
Ce n’est ni ésotérique, ni magique.
Il s’agit d’une lecture psychocorporelle, aujourd’hui largement soutenue par les connaissances en neurosciences, en physiologie du stress et en psychologie.
La somato-émotionnelle ne vient pas d’une seule école ni d’un courant isolé.
Elle s’est construite progressivement, à la croisée de la psychologie, de la médecine, des neurosciences et des approches psychocorporelles.
Son postulat central est aujourd’hui largement partagé : le corps et le psychisme ne fonctionnent pas séparément.
Les premières bases : le corps comme mémoire émotionnelle
Dès le début du XXᵉ siècle, certains cliniciens observent que des tensions physiques chroniques semblent liées à l’histoire émotionnelle des personnes.
Le psychiatre et psychanalyste Wilhelm Reich est l’un des premiers à formaliser cette idée.
Il décrit ce qu’il appelle des cuirasses musculaires : des zones du corps qui se rigidifient pour contenir des émotions qui n’ont pas pu être exprimées en sécurité.
Cette vision marque un tournant important.
Le symptôme corporel n’est plus seulement vu comme un dysfonctionnement mécanique, mais aussi comme une stratégie de protection mise en place par l’organisme.
Le développement des approches psychocorporelles
Dans la continuité de ces travaux, plusieurs courants émergent au fil des décennies.
Ils partagent une idée forte : ce que le mental ne peut pas intégrer, le corps peut le porter.
Parmi eux :
Alexander Lowen, qui relie posture, respiration et émotions,
les approches corporelles thérapeutiques (mouvement, respiration, toucher conscient),
les courants de psychologie humaniste, qui redonnent une place centrale au ressenti corporel.
Peu à peu, le corps devient un espace d’écoute à part entière, et non plus un simple support du mental.
L’apport décisif des neurosciences et du trauma
À partir des années 1990, les neurosciences viennent consolider ces intuitions cliniques.
Les travaux de Peter Levine et de Bessel van der Kolk montrent que :
le trauma est avant tout physiologique et nerveux,
le système nerveux autonome joue un rôle central,
certaines expériences restent non verbalisables, mais profondément inscrites dans le corps.
On parle alors de mémoire implicite : corporelle, sensorielle, émotionnelle.
C’est précisément ce que le somato-émotionnel cherche à prendre en compte.
Une approche transversale, pas une méthode unique
Il est important de le préciser clairement : la somato-émotionnelle n’est pas une technique codifiée unique.
C’est une lecture du vivant, utilisée dans :
les thérapies psychocorporelles,
la régulation du système nerveux,
certaines pratiques manuelles ou énergétiques,
l’accompagnement du stress chronique et des douleurs persistantes.
Elle ne s’oppose ni à la médecine, ni à la psychologie.
Elle agit en complément, lorsque le corps continue à exprimer quelque chose malgré des bilans rassurants.
De la somato-émotionnelle à la somato-énergétique
La somato-énergétique s’inscrit dans cette continuité.
Elle reprend des bases de la somato-émotionnelle, le corps, les émotions, le système nerveux, la notion de sécurité —
et y ajoute une lecture énergétique, comme un outil de régulation supplémentaire, jamais comme une explication magique.
L’intention reste la même : aider le corps à relâcher ce qu’il n’a plus besoin de retenir.
Pourquoi le corps “stocke” certaines émotions ?
Lorsque nous traversons une situation intense (peur, tristesse, colère, choc, surcharge), le système nerveux s’adapte pour nous protéger.
Mais parfois, il n’a pas l’espace ou la sécurité nécessaires pour aller au bout de la réponse émotionnelle.
Alors :
le corps se contracte,
le souffle se modifie,
certains muscles restent en tension,
le système nerveux demeure en état d’alerte ou de figement.
Avec le temps, cela peut se manifester par :
des tensions chroniques,
des douleurs récurrentes,
une fatigue nerveuse,
des troubles fonctionnels,
une sensation de « blocage » sans cause médicale claire.
Le corps n’est pas défaillant. Il a fait ce qu’il pouvait, à un moment donné.
Quand j’étais étudiante en BPJEPS (coaching sportif), j’ai traversé mon lot de conflits et de situations difficiles.
Sans entrer dans les détails, il y avait, au centre de formation, une personne face à qui mon corps se mettait instantanément en tension.
À cette période, il m’était quasiment impossible de travailler correctement sur la respiration abdominale ou l’engagement du transverse.
Mon souffle restait haut, le ventre peu disponible, malgré la connaissance technique et les consignes répétées.
Avec le recul, j’ai compris que j’avais aussi appris à me déconnecter de mon corps pour tenir dans ce contexte.
C’était une stratégie d’adaptation : moins sentir pour moins subir.
L’année suivante, hors de ce cadre, tout est devenu plus fluide.
Mais pas instantanément.
Il a fallu réapprendre à habiter mon corps, à l’écouter, à lui redonner de la sécurité.
La respiration s’est alors posée progressivement, le gainage profond s’est réinstallé naturellement.
Ce n’était pas une question de technique ou de volonté, mais un processus de reconnexion.
Le rôle central du système nerveux
Le somato-émotionnel est indissociable du système nerveux autonome.
Quand une émotion est vécue dans un contexte de sécurité :
elle circule,
elle s’exprime,
puis elle se régule naturellement.
Mais en cas de stress prolongé ou d’événement trop intense :
le système peut rester bloqué en hypervigilance,
ou au contraire en figement.
Le corps continue alors à fonctionner comme si le danger était toujours présent, parfois des mois ou des années plus tard.
Mémoires corporelles : de quoi parle-t-on vraiment ?
Les mémoires corporelles ne sont pas des souvenirs conscients stockés comme sur un disque dur.
Elles se manifestent plutôt par :
des schémas de tension,
des réactions automatiques,
des réponses réflexes du système nerveux,
des zones moins sensibles, ou hypersensibles.
Déjà, Wilhelm Reich décrivait ces phénomènes comme des stratégies de protection corporelles.
Est-ce que toutes les émotions créent des douleurs ?
Non.
Et c’est essentiel de le dire.
Le somato-émotionnel ou énergétique ne remplace pas un suivi médical.
Il ne cherche pas une cause émotionnelle à tout.
Il ne culpabilise jamais la personne.
Il propose une lecture complémentaire, lorsque :
les examens sont rassurants,
les douleurs persistent,
le corps semble « parler autrement ».
Comment accompagner le somato-émotionnel ?
L’approche somato-émotionnelle ne consiste pas à revivre le passé ni à forcer une libération.
Elle vise plutôt à :
ramener de la sécurité dans le corps,
restaurer la capacité d’écoute corporelle,
permettre au système nerveux de relâcher progressivement ce qui n’a plus besoin d’être retenu.
Cela peut passer par :
le toucher conscient,
la respiration,
la régulation nerveuse,
des soins énergétiques ancrés et respectueux,
l’écoute fine des ressentis corporels.
Chaque corps a son rythme. Et rien n’a besoin d’être forcé.
Et si le corps n’était pas un problème à résoudre, mais un message à écouter ?
Dans une société qui valorise le contrôle et la performance, le corps devient parfois le seul espace où l’émotion peut encore s’exprimer.
Le somato-émotionnel n’invite pas à supprimer les symptômes à tout prix, mais à changer la relation au corps : moins de lutte, plus d’écoute, plus de respect du vivant.
Sources & références
Van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score – Penguin Books.
Levine, P. (1997). Waking the Tiger: Healing Trauma.
Porges, S. (2011). The Polyvagal Theory.
Damasio, A. (1994). Descartes’ Error.
INSERM – Stress, trauma et santé mentale
Harvard Medical School – Mind–Body Connection
American Psychological Association (APA) – Somatic approaches & trauma
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